vendredi 25 février 2011

Rien de personnel, c’est juste du business

Adaptation d’un article de MC Siegler

Dans le film de Francis Ford Coppola, le Parrain (1972), une des phrases mythiques du film est échangée entre Tom Hagen (Robert Duvall) et Sonny Corleone (James Caan):

Tom : Ton père ne voulait pas entendre la vérité, Sonny. C’est une question de business, rien de personnel.
Sonny : Ils ont flingué mon père et c’est le business, mon c** !
Tom : Même flinguer ton père, c’était une histoire de business, pas une affaire personnelle, Sonny !

Ces derniers temps, l’actualité high-tech m’a rappelé cette scène. Petit résumé des épisodes précédents : vendredi 18 mars, Twitter a décidé de bloquer deux applications tierces très populaires utilisant leur API, UberTwitter (Blackberry) et Twidroyd (Android). Ces deux clients sont développés par UberMedia, une entreprise qui a rapidement étendu son activité en achetant des fragments significatifs de l’écosystème Twitter, comme le très utilisé TweetDeck. But plus ou moins avoué : trouver un moyen de monétiser l’environnement. Lundi 21, après modifications des fonctionnalités des deux clients et du nom de UberTwitter (qui devient UberSocial) par UberMedia, Twitter restaure les applications bloquées.

Si on veut résumer l’affaire, Twitter a sorti la hache de guerre, n’est-ce pas ? Et bien, oui. Mais cette décision n’était pas aussi brusque et tranchée, comme certains l’ont suggéré. Le plus surprenant, dans toute cette histoire, c’est surtout la surprise de tous.

Pour commencer, Twitter n’a pas bloqué ces applications par rancœur. Chaque application est une partie incontournable de leur écosystème, ce qui lui donne sa valeur : les données qui sont envoyées à Twitter au travers de ces outils. Mais le fait est qu’UberMedia se rapprochait dangereusement de la chasse gardée de Twitter : la monétisation du système. Ce n’est donc pas par haine que Twitter a agi ainsi, mais simplement pour une question de business !

Les raisons officielles de cette suspension sont simples : “contrefaçon de la marque” et “modification des tweets des utilisateurs dans un but lucratif”. Ces deux raisons sont directement liées au business de Twitter. Et bien qu’UberMedia nie cette dernière, cela n’a que peu d’importance. Le message est claire : Twitter va défendre son terrain de chasse.

A tord ou à raison, un séisme de magnitude 7 sur l’échelle Richter a rapidement suivi cette annonce. La Toile a commencé à descendre Twitter en flamme, ça tirait à vue, de tous les côtés. A en lire la blogosphère, il semblerait que le problème principale soit le timing : juste après l’achat par UberMedia de TweetDeck, le plus important client Twitter, et le jour même de la promotion par Twitter de sa propre application.

Peut-être est-ce le temps pour Sonny Corleone de répondre : “Et bien, les affaires vont devoir en pâtir”.

Pourquoi Twitter n’a pas tout simplement contacté UberMedia avant de prendre de si drastiques mesures ? Selon les principaux concernés, ils l’ont fait, il y a plusieurs mois.

Mais encore une fois, rien de tout cela n’a vraiment d’importance. Le véritable problème réside dans le fait que les gens sont excédés parce qu’une société jusqu’ici extrêmement populaire ose prendre position contre la communauté des développeurs. Encore une fois, pourquoi tout le monde semble-t-il si surpris par tout ceci ? Cela s’est produit des centaines et des centaines de fois par le passé, et cela continuera encore et encore dans le futur… ou au moins jusqu’à la fin du capitalisme.

Un tweet de Joe Hewitt résume parfaitement la situation :


Traduction : “A un moment donné, toute société se fait manœuvrer par des connards de financiers, même celles qu’on aime “. Alors que certains tirent rapidement la conclusion qu’Hewitt parle de son propre employeur, Facebook, l’intéressé clarifie son propos : “Chaque jour, dans le monde des nouvelles technologies, ce genre d’exemple se produit”. En gros, suivez mon regard : Twitter !

Mais Hewitt a raison. Cela arrive constamment. Et si Hewitt ne parle pas de ces employeurs ici, cela leur est déjà arrivé également. Combien d’actions Facebook a-t-il déjà prises contre leur communauté de développeurs dans le but de protéger et améliorer leur business ? Des dizaines ? Peut-être même plus ? Et il en arrivera certainement d’autres.
Et Apple, dans tout cela ? Rien que la semaine dernière, nous avons pu voir une explosion de rage de la part des développeurs face à l’affaire du système d’abonnements. Pourquoi Apple a-t-il fait cela ? Encore fois, c’est une question de business, rien de personnel !
Google ? Rappelez-vous de Google Editions et des réactions des éditeurs français. Ou encore leur pseudo pacte de Neutralité du Net avec Verizon. Google y croit-il réellement ? Non. C’est une question de business.

Et la liste peut défiler, encore et encore, sans fin. C’est exact, certaines entreprises s’en sortent mieux que d’autres. Mais chaque fois qu’une entreprise réussit à grandir suffisamment ou trouve une manière de faire du profit, les mêmes phénomènes se produisent, encore et encore.

Les premiers indices sont généralement mineurs. Le premier étant quand vous voyez qu’une entreprise commence à annoncer que des applications tierces n’ont pas la possibilité de réutiliser le nom du produit / service. Est-ce par haine pour ces entreprises qui produisent les applications tierces ? Non. En fait, elles sont adorées car elles permettent la création et l’amélioration de leur environnement. Mais les juristes commencent à compliquer les choses et conseillent aux entreprises de protéger leurs marques déposées, sous peine de le perdre. Ça ennuie passablement tout l’écosystème. Mais c’est une question de business, pas une question personnelle !

Vous voyez un leitmotiv à tout ceci ?

Le fait est que, bien que des gens comme Hewitt et les autres accordent à Twitter ces critiques, allant de la tristesse à l’énervement vis-à-vis d’une action qu’ils perçoivent comme hostile, personne ne doit être surpris que de telles choses se produisent. C’est ainsi que les affaires fonctionnent. L’alternative serait que les entreprises ne protègent absolument pas leurs activités, en ayant pour résultat une belle sortie de route. Et là, tout le monde est dans la panade.

Encore une fois, il n’est pas question de donner la façon parfaite pour appréhender tout ceci. Et Twitter a plutôt de bons antécédents dans ce domaine, quand il rencontre ce genre de situations avec leur communauté. Mais parfois les choses changent précipitamment et les entreprises pensent prendre les meilleures décisions, le plus rapidement possible.

Ce serait bien que les entreprises soient un peu plus transparentes à ce propos. Quel changement cela serait de voir une telle déclaration : “Écoutez, on adore ce que vous faites pour nous, mais on a vraiment besoin de faire de l’argent maintenant et vous nous en empêchez, donc on vous bloque aussi, ça vous dérange pas ?”.

Même tuer votre père est une question de business.

Mais dans certains cas, peut être que cette illusion, cette façade n’est qu’une stratégie, une partie du plan. Imaginez si un joueur de l’écosystème était forcé à la fermeture à cause de l’entreprise principale : par exemple, Zynga par Facebook ou ici UberMedia par Twitter !

Cela me rappelle une autre citation du Parrain. Cette fois, de Michael Corleone (Al Pacino) dans Le Parrain II:

Il y a une chose que mon père m’a appris : soit proche de tes amis, et encore plus proche de tes ennemis !

Information provided by CrunchBase
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Via: TechCrunch France

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