Depuis quelques temps, nous voyons beaucoup de sites de rencontres apparaitre sur Internet et nous nous sommes posés des questions à savoir pourquoi autant de sites de rencontres se lancent, est-ce une mode ou tout simplement un business rentable où il y a encore des parts de marché à prendre ? Pour nous aider à y répondre, nous avons fait appel au leader européen du dating, Marc Simoncini, PDG de Meetic et de Jaïna Capital.
Marc Simoncini, vous êtes le PDG et fondateur de Meetic le leader européen du dating en ligne, pourquoi avez-vous décidé de vous lancer dans ce domaine, il y a quelques années ?
Je cherchais à l’époque le moyen de créer une entreprise sur Internet dont les revenus n’étaient pas dépendants de la publicité, un business d’abonnement. Le dating me semblait l’un des seuls secteurs permettant de vendre des abonnements sur Internet. Après avoir étudié les sites existants à l’époque, j’ai fait le constat qu’il n’y avait que très peu de jeunes femmes sur ces sites. C’est la raison pour laquelle nous avons construit Meetic avec comme objectif principal et permanent de voir des jeunes femmes s’y inscrire et surtout y rester jusqu’à y faire une belle rencontre.
Aujourd’hui, nous voyons fleurir sur la toile de plus en plus de sites de rencontres divers et variés (adopteunmec, myPrinces, smartdate, reelation…), selon vous quelles-en sont les raisons ? Le marché est-il assez grand pour tous ou sont-ils voués à l’échec ?
Cela fait 10 ans maintenant que nous voyons fleurir chaque jour de nouveaux sites. Le phénomène n’est pas nouveau. Le dating vu de l’extérieur semble un business facile, or, ce n’est pas le cas. Meetic emploie 400 personnes entièrement dédiées à nos 2 sites (Meetic et Meetic Affinity), il faut un très grand savoir-faire pour construire un site efficace et durable. La quasi-totalité des centaines de sites qui se sont lancés depuis 10 ans (certains avec beaucoup de moyens !) n’ont pas dépassé quelques millions d’euros de revenus. La raison en est simple, un site ne vaut que par le nombre, la qualité des profils et l’équilibre Homme/Femme, or, la plupart des sites qui se lancent ne peuvent avoir le volume suffisant sans, soit acheter des profils sur des réseaux “underground” et donc de très mauvaise qualité (faux profils ou frauduleux) soit dériver vers des rencontres X (ce qui a été le cas de beaucoup de nouveaux sites). Dans les 2 cas ces sites ont très peu d’utilisatrices réelles, une énorme proportion de profils féminins sont frauduleux, et du fait de leurs faibles revenus, les sites n’ont pas les moyens de modérer sérieusement leur base. La plupart sont donc voués à l’échec ou à être revendus quelques années plus tard après avoir brlé beaucoup d’argent de leurs actionnaires. Il existe bien évidemment des équipes ayant créé des sites originaux de qualité, nous en sommes heureux, ils feront peut-être un jour partie du groupe Meetic…
Selon vous, qu’est ce qui a fait la réussite de Meetic (donc d’un bon site de rencontres) ? Quelles sont les clés de succès (la marque, le savoir-faire) ?
Meetic a 10 ans d’expérience dans ce métier, dépense 100 M€ net de publicité en Europe chaque année et emploie en tout plus de 350 personnes pour surveiller et modérer ses sites. Le niveau de sécurité et de qualité du groupe est sans égal. Meetic est le partenaire privilégié des plus grands sites en Europe (MSN, Orange, yahoo etc.) cette reconnaissance combinée à des taux de notoriété de nos marques extrêmement élevés partout en Europe constitue la principale barrière à l’entrée de ce marché. Meetic fait plus de 200 M$ de chiffre d’affaires, revendique 6% des mariages en France et plus d’un million de personnes vivant en couple, nous n’avons plus grand chose à prouver sur ce marché. Un chiffre illustre parfaitement ce que Meetic a créé, en France, 78% des utilisateurs qui quittent Meetic le recommandent à leurs proches.
Ces sites peuvent-ils faire de l’ombre à Meetic vu sa domination sur le marché ? Si oui, quelle est la stratégie de Meetic pour contrer ces sites (prendrez-vous le virage des réseaux sociaux par exemple) ?
Le dating sur les réseaux sociaux est un mythe. Le leader (américain) de ce marché fait à peine 50M€ de revenus dans le monde, n’est pas profitable et est contraint d’acheter plus de 75% de son trafic en dehors de Facebook! Les gens n’aiment pas signifier qu’ils utilisent un site de rencontres à leur réseau, paradoxalement l’anonymat est une des clefs du succès de Meetic. Il est amusant de voir que les sites qui se sont lancés en permettant soi-disant de contacter les réseaux d’amis ne mettent plus du tout cette fonctionnalité en avant, ils sont contraints de faire ce que Meetic fait depuis 10 ans, acheter du trafic puis tenter de le monétiser.
Nous sommes très vigilants sur ce que font ces nouveaux concurrents, certains d’entre eux détruisent l’image de ce secteur en utilisant des techniques quasi frauduleuses destinées à contrer la quasi absence de femmes sur leurs sites (l’animation par des salariés ou l’usage complaisant de profils frauduleux qui font office d’animatrices…) Meetic utilisera tous les moyens en sa possession pour protéger le sérieux et l’image de ce marché, il faut s’attendre à une série d’initiatives dans les prochains mois.
Néanmoins, 20% du trafic de Meetic concerne des internautes âgés de 18 à 25 ans (soit plusieurs milliers de nouveaux inscrits chaque jour), nous allons lancer très prochainement un nouveau site à leur attention qui exploitera la géolocalisation et l’usage mobile tout en préservant l’anonymat.
En conclusion, ce phénomène n’est pas nouveau et pour réussir dans ce domaine, les 3 points essentiels seraient donc : la qualité des profils, la notoriété de la marque et l’anonymat des utilisateurs. Il est vrai qu’aujourd’hui, beaucoup de sites se lancent en utilisant l’argument des réseaux sociaux où il y a une grande base qualifiée d’utilisateurs ainsi qu’une facilité d’accès. Cependant les utilisateurs sont-ils prêts à payer des abonnements et à révéler à leurs amis leur présence sur des sites de rencontres ? Le débat est ouvert…
Via: TechCrunch France
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